Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
La rose et le coquelicot

Blog d'expérience d'écriture sans prétention, de poèmes, de sensations, de sentiments...

  • Du sang dans l'ombre

    Publié le 9 Décembre 2015 par La rose et le coquelicot dans poème

    Ma fille Ghea a participé à ce poème collectif emprunt d'une grande dignité pour des enfants de 12 ans.

    Ce texte a été publié sur "le Mag" d'Alfortville du mois de décembre

    ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Paris

    Dix heures et demi

    La folie et des cris

    Un combat sans merci

    Un voyage sans retour

     

    Du sang

    Dans l'ombre

    Des coups de feu

    Des gens en pleurs

    Essayant de s'échapper

    Comme d'un labyrinthe...

    ... / ...

    Du sang dans l'ombre

    Ma France

    J'y pense...

    Des corps sur le sol

    Des balles dans tous les sens

    La peine des parents

    Et le silence,

    Le souvenir des gens aimés

    Sans avenir,

    Comme les éclats d'un miroir brisé.

     

    Pour vous, Daesh

    Qui faites couler les larmes

    Pour venger vos frères...

    Ma colère,

    Comme un volcan qui crache

    La peine

    Coule dans mes veines

    En réponse à votre haine.

     

    Gardez votre mépris

    Votre colère et vos armes

    Vos cruautés et votre barbarie

    Nous garderons nos larmes.

     

    Nous vivrons

    La tête haute

    Sans peur

    Le cœur

    Blanc, rouge et bleu

    Comme notre pays

     

    A jamais courageux.

    Poème collectif écrit le 18 novembre 2015 par Asuah, Elias, Ghea, Inas , Ramzy, Sabrina et Tin Hinan, élèves de 5°C du Collège Paul Langevin.

    Lire la suite

    Le sac en bandoulière (2013)

    Publié le 28 Novembre 2015 par La rose et le coquelicot dans poème

    Il traîne la moitié de sa vie
    Dans son vieux sac en bandoulière
    Sa seule fierté aujourd'hui
    C'est n'avoir pas voulu la guerre...

    Il avait rêvé de grand destin
    Et d'outrageuse réussite
    Aujourd'hui il ne rêve plus de rien
    Ses pas ne servent que sa fuite.

    .../...

    Le sac en bandoulière (2013)


    Il traîne des messages imprimés,
    Dans son vieux sac en bandoulière
    Du temps où elle l'avait aimé
    Bien longtemps avant la guerre...

    Et quand le ciel est un peu clément
    Qu'une âme croisée lui sourit
    Ou qu'il retrouve ses enfants
    Un temps il re-goûte à la vie

    Il traîne des factures impayées
    Dans son vieux sac en bandoulière
    Car l'amour aime nous rappeler
    Que sans lui la vie est plus chère

    Il traîne la moitié de sa vie
    Dans son vieux sac en bandoulière
    Tout le reste elle le lui a pris
    Devant le juge et le notaire.

    Lire la suite

    Le Gun (sur un air de rap...) - 2013

    Publié le 21 Septembre 2015 par La rose et le coquelicot dans poème

    Je repropose ce texte, écrit sur un banc de Paris, un soir de septembre 2013...

    ------------------------------------------------------------------------------------------

    Le gun ce soir n'a pas d’âme,
    De son canon il me sourit,
    Je pense à toi, belle dame
    A ta beauté, ma tendre amie.

    Le mec est nerveux,
    Il veut me taxer mon phone,
    J'y ai les photos de tes yeux,
    Tes SMS qui me font homme.

    Le canon brille et brûle,
    Pas question de lui dire oui
    Le mec est chaud, maintenant il hurle,
    Un bruit sourd, trop tard, c'est fini...

    Même pas mal, mon jean est écarlate,
    Je n’en veux pas au gars, lui aussi a eu peur,
    A genoux, je me meurs sans hâte,
    En appelant de mes voeux ta douceur.

    Le gun ce soir n'a pas d’âme,
    Celui-ci m’a pris avant l'heure,
    Mais je peux te jurer, belle dame,
    Que je vis désormais dans ton coeur.

    Au creux de tes seins
    Je vis maintenant si libre,
    Et je garde à la main,
    Mon phone qui de tes mots vibre...  

    Le Gun (sur un air de rap...) - 2013
    Lire la suite

    Ne me parlez pas de rentrée

    Publié le 5 Septembre 2015 par La rose et le coquelicot dans poème

    Ce texte n'est certes pas nouveau, mais il est toujours de saison

    -----------------------------------------------------------------------------

    Ne me parlez pas de rentrée

     

    Ne me parlez pas de rentrée,

    L'école ne m’a pas rattrapé,

    Sur la plage je suis resté,

    Avec elle je continue à jouer.

    •  

    Ne me parlez pas de rentrée,

    Le soleil bronze mes pensées,

    Les collègues peuvent patienter,

    Je n’ai pas fini de l'aimer.

    •  

    Ne me parlez pas de rentrée,

    Les résolutions sont ajournées,

    Je goûte encore la rosée,

    Sur son corps ensommeillé.

    •  

    Ne me parlez pas de rentrée,

    Une carte postale je vous enverrai,

    Il fait beau ici, on est tout bronzés,

    Je vous laisse, je retourne l'enlacer…

    •  

    Ne me parlez pas de rentrer,

    A part dans sa vie, dans son palais,

    Entrer en elle, m'y installer,

    Partez, moi, pour un temps, je vais rester...

     

    Lire la suite

    AEternum vale (adieu éternel - Nouvelle - 2014)

    Publié le 14 Août 2015 par La rose et le coquelicot dans texte court

    Je vais republier cette nouvelle en trois épisodes à l’occasion de l’été. Je travaille à un éventuel quatrième épisode…

    Comme toujours, vos commentaires et retours m’aident à améliorer le blog, donc n’hésitez pas…

    Et bien sûr, si ce travail vous plait, n’hésitez pas à partager et faire connaître le blog autour de vous…

    Le premier volet est ici : http://rose-et-coquelicot.over-blog.com/2015/07/in-utero-nouvelle-2014.html

    Le second là : http://rose-et-coquelicot.over-blog.com/2015/08/ab-imo-pectore-du-fond-du-coeur-nouvelle-2014.html

    ----------------------------------------------------------

    AEternum vale (adieu éternel - Nouvelle - 2014)

     

    Il volait et sentait déjà sur sa peau les embruns accueillants aux odeurs de la capitale. Il volait et se sentait majestueux. Il s’était vécu en vilain petit canard mais à cette seconde, il était devenu un cygne d'une blancheur éclatante, volant au-dessus des eaux...

     

    Tranquille, désormais libre, son esprit ressassait cette journée ensoleillée, quelques mois plus tôt en juin....

     

    Ce jour-là avait commencé par une insomnie. Il était 3 heures et Mickael ne dormait pas. Il pensait à sa vie avec Isa, une boule au ventre. Leur rapport s'était distendu ces derniers temps sans que rien ne soit vraiment perceptible. Il avait songé plusieurs fois à en parler à la jeune femme mais quoi lui dire? Ce qu'il ressentait, il ne savait pas mettre de mots dessus. D’ailleurs, il n'était pas sûr de ce qu'il ressentait...

     

    Il y avait ces derniers temps dans l'attitude de sa femme une sorte d'absence de chaleur, doublée d'une angoisse qui rendait les yeux d'Isa vides alors même que son visage restait beau et rayonnant.

     

    C'était ça, une absence de chaleur et de désir pour lui...

     

    Isa dormait nue à côté de lui et il sentait son odeur sensuelle. Il avait envie d'elle mais surtout, depuis de nombreux mois, il désirait qu'elle ait envie de lui, spontanément... Il déplaça le drap avec beaucoup de délicatesse et ses lèvres effleurèrent la peau de la jeune femme, embrassant un téton, baisant une hanche, soufflant sur une cuisse. Sa bouche vint rencontrer la toison de la jeune femme et enivré de saveurs de miel, il plongea sa langue avec une infinie douceur entre les jambes de la jeune femme qui, dans son sommeil, se mit à soupirer.

     

    Le téléphone sonna, longtemps, et réveilla Isa, qui finit par décrocher, éberluée de découvrir son mari affairé entre ses cuisses... Elle n'arrivait pas à parler à sa collègue de la maternité Port Royal qui l'appelait pour une urgence et cela amusa Mickael qui intensifia ses caresses.

     

    Ce matin-là, ils firent l'amour tendrement mais la jeune femme n'était déjà plus là. Son esprit était déjà à la maternité, auprès d'une mère en difficulté. Non elle n'était déjà plus avec lui quand il la pénétrait. Elle gémissait et l'encourageait mais Mickael avait remarqué son regard absent. Il remarqua aussi les traces de piqure qu'elle avait entre les orteils, et cela finit de lui couper tout désir. Il fit semblant de jouir et laissa partir la jeune femme...

     

    Il se sentait terriblement peiné et frustré. Une fois de plus ces derniers mois, elle avait fait l'amour avec lui, à sa demande, sans résister. Mais elle n'était pas à l'initiative, elle ne l'était plus. Jamais. Cette fois encore, elle s’était juste laissée faire. Il aimait pourtant qu’elle lui fasse l’amour, il adorait ça même et ces derniers mois, il se sentait abandonné.

     

    Mickael était d’un physique quelconque. Il le savait. Il l'avait toujours su. Du plus loin qu'il se souvienne, le visage qu'il apercevait dans le miroir lui semblait sans attrait, presque transparent... Il avait passé sa vie à dissimuler ce complexe et il savait que dans ses rapports aux autres, il devait déployer des stratégies incroyables pour que l'on ne remarque pas son physique. Il avait utilisé une énergie folle à chercher ce qui pouvait être mis en avant chez lui, son intelligence, sa culture, sa sympathie, pour vivre dans cette société d'image. Il écrivait, peignait, philosophait, avait du talent mais les femmes, sans le fuir vraiment, l’avaient toujours ignoré.

     

    C'est Isabelle qui avait vu ce qu'il y avait de remarquable et de plus beau en lui: sa gentillesse.

     

    C’est elle qui avait perçu en lui ce don d’abnégation qui faisait de lui un si doux compagnon.

     

    Elle l'avait désiré pour ce qu'il était profondément. Elle l'avait désiré à lui faire oublier son complexe... Elle le réveillait parfois en le caressant, sentant son désir gonfler entre ses doigts. Elle n'hésitait jamais depuis qu'ils vivaient ensemble, à interrompre brusquement ce qu'elle faisait pour entreprendre Mickael pour qu'ils fassent l'amour ou à s'agenouiller devant lui au moment le plus inattendu pour une furtive caresse...

     

    En quelques années elle avait rendu Mickael beau à ses propres yeux.

     

    Aujourd'hui, abandonné, il redevenait laid. Ni sa gentillesse ni aucun des artifices qu’il pouvait déployer n’y changeaient rien : ces derniers temps, Isa était ailleurs.

     

    Il l’avait un temps soupçonné d’avoir un amant, un jeune homme prénommé Phil avec qui elle passait du temps. Elle l’avait invité quelques fois à la maison et à cette occasion Mickael avait perçu chez le jeune homme une homosexualité refoulée qui, d’une certaine façon, l’avait rassuré.

     

    Ce matin-là, Mickael sortit et se mit à déambuler sur les trottoirs de la capitale, sans autre but que de se distraire de son angoisse. Son métier d’écrivain lui laissait du temps libre et offrait un alibi à son oisiveté. Il descendit vers la porte Dorée et prit à gauche vers le boulevard des Maréchaux.

     

    Perdu dans ses pensées, il dépassa une camionnette garée sur la contre-allée, au volant de laquelle une femme lui souriait. C’était une femme d’environ 40 ans dont un sourire un peu fané éclairait le beau visage. Elle était blonde, vêtue court, joliment maquillée, un brin vulgaire et ses cheveux rayonnaient par contraste avec le caraco rose qui dissimulait à grand-peine une poitrine opulente.

     

    C’était une prostituée qui officiait là depuis quelques mois. Mickael se surprit à s’approcher d’elle, à échanger les quelques mots d’usage et dans un état second, se retrouva à l’intérieur. Mickael était gauche, il n’avait jamais su y faire avec les femmes et même là, dans un rapport de client, il ne savait pas quoi dire, ni comment se comporter. La femme s’en rendit compte et avec son regard lumineux, elle lui dit qu’elle s’appelait Marion, qu’il pouvait se détendre, s’allonger, comme chez le médecin.

     

    Mickael eut un rire intérieur devant la platitude du propos. Mais que faisait-il là, dans cette camionnette tapissée de posters porno, où un bâton d’encens brulait dans un coin, pour dissimuler les odeurs persistantes de sueur et de sperme. Que faisait-il là ? Avait-il à se prouver qu’une femme pouvait le désirer, même moyennant finance ? Voulait-il se venger de cette distance que prenait sa femme, de ce couple heureux qu’elle était en train de détruire ? Pensait-il pouvoir redevenir beau, ici, dans cette camionnette ?

     

    Son sexe disparut en une fois dans la bouche de Marion.

     

    Trompait-il sa femme avec cette professionnelle ou se débarrassait-il seulement de cette frustration de vivre sans être désiré ? Ce rapport furtif et sans passion était-il une trahison ? Pourquoi était-il là ? Sans doute avait-il besoin qu’une femme soit tout à lui, même un instant, même en la payant.

     

    Peut-être sa gentillesse légendaire lui faisait-elle détruire lui-même son couple, pour que ce ne soit pas sa faute à elle, son Isa...

     

    Il se mit à pleurer à chaudes larmes et la prostituée voulut s’arrêter, pour lui demander si tout allait bien mais Mickael lui maintint la tête et jouit, tout en pleurant.

     

    Il se rhabilla sans regarder la fille.

     

    Elle voyait qu’il n’allait pas bien. Elle aurait voulu le prendre dans ses bras, le réconforter. Ne rien dire, juste le serrer contre son coeur. Mais ce jour-là Marion attendait un autre homme, Phil, qui lui apporterait un peu de soulagement en poudre.

     

    Si Marion l’avait pris dans ses bras, Mickael aurait-il passé le reste de la journée à se saouler seul ? Aurait-il passé le reste de sa journée à se traiter de salaud à se maudire, à chercher dans l’histoire de son couple si vraiment les choses allaient si mal et à se reprocher de ne pas avoir questionné Isa sur ses marques de piqure le matin plutôt que de stigmatiser sa distance pour s’abandonner dans la bouche d’une autre.

     

    Marion l’avait simplement laissé partir ce jour ensoleillé de Juin, et aujourd’hui Mickael avait pris son envol du pont du Garigliano.

     

    Avant de s’écraser dans l’eau froide de la Seine, il pensa une dernière fois à cette journée où il avait trompé la seule femme qu’il aimait. Il pensa au coup de fil, le soir, qui lui avait annoncé la mort de sa chère Isa d’une overdose. Ce même coup de fil qui lui avait appris que le présumé dealer, Phil, était mort lui aussi à quelques mètres de là, fauché par une voiture alors qu’il sortait de la ruelle en scooter.  (voir "In utero" et "ad imo pectore")

     

    Mickael avait vécu sa vie en vilain petit canard mais à cette seconde, enfin, il devenait un cygne d'une blancheur éclatante, volant au-dessus des eaux...

     

    Lire la suite

    Ab imo pectore (du fond du coeur - Nouvelle - 2014)

    Publié le 7 Août 2015 par La rose et le coquelicot dans texte court

    Je vais republier cette nouvelle en trois épisodes à l’occasion de l’été. Je travaille à un éventuel quatrième épisode…

    Comme toujours, vos commentaires et retours m’aident à améliorer le blog, donc n’hésitez pas…

    Et bien sûr, si ce travail vous plait, n’hésitez pas à partager et faire connaître le blog autour de vous…

    Le premier volet est ici : http://rose-et-coquelicot.over-blog.com/2015/07/in-utero-nouvelle-2014.html

    Ab imo pectore (du fond du coeur - Nouvelle - 2014)

    Ce matin-là, comme chaque jour, Phil s’était rendu à St Lucie, dans le 13ème arrondissement pour prier et réfléchir. Il n’était pas particulièrement pratiquant mais ces heures de recueillement étaient pour lui des moments ou, cherchant la paix, il pouvait faire le point sur ce qui guidait sa vie et les doutes incessants qui le hantaient.

    Il appliquait toujours le même rituel : après avoir laissé sur le côté gauche de l’église le gros scooter Yamaha T-Max qu’il conduisait avec une pointe de fierté, il marquait un temps d’arrêt devant la façade et en scrutait les détails. Il observait un par un les visages des Saints représentés autour de la lourde porte dans un enchevêtrement incompréhensible. Il détaillait chaque visage gravé dans la pierre de droite à gauche et là il se mettait à trembler. Devant lequel de ces martyrs aurait-il un jour à comparaitre ? Auquel d’entre eux devrait-il expliquer qu’il vivait sa vie en vendant aux autres leur mort. Une mort lente avançant à pas dissimulés? Le visage de Sainte Lucie de Syracuse le rassurait toujours. C’est à elle qu’il venait parler. Il entrait, s’installait sur un banc au fond des travées, son casque à ses pieds et il commençait à égrainer la liste de ses victimes, à qui il demandait pardon.

    C’est ce rituel qu’il avait encore accompli ce matin et des larmes avaient étouffé ses mots. D’autres pensées l’envahissaient. Comme cette femme rencontrée la veille à qui il n’avait pas pu faire l’amour : pas de désir, pas l’ombre d’une érection, rien… Il pensait aux rêves érotiques qui le réveillaient plein d’effrois car peuplés d’hommes.

    Tout chez lui le dégoutait. Son physique maigre d'adolescent attardé, son visage aux traits grossiers. Jusqu'à son gout pour les vêtements un peu criards. Si jusque-là il avait su vivre prisonnier de ce corps sans attrait, la brusque image dans ses rêves de ces sexes le pénétrant, de son corps sans âme, souillé, offert à toutes les fantaisies, provoquait chez lui des hauts le cœur.

    Il paraît incongru de songer à son identité sexuelle dans une église, un matin de juin. Mais cette église était sa seule racine, sa seule famille depuis la disparition tragique de ses parents. Il savait depuis longtemps que seule comptait la pureté des sentiments aux yeux de Dieu et qu’être homosexuel ne serait pas un problème. Il savait aussi que les serviteurs de ce même Dieu pouvaient montrer une étroitesse d’esprit qui aurait tôt fait de couper son dernier lieu d’accueil dans cette vie.

    Ce matin-là ses doutes et son dégout lui brulaient l’esprit et le ventre, il avait peine à rester assis. C'était comme un poison, un brulant venin qui parcourait ses veines et anesthésiait son bonheur.

    Il avait passé une nuit sans sommeil. Il fallait que son corps et son esprit paient pour la mort qu'il distillait autour de lui. Il était pris de nausées car il savait que cela l'attirait et le rebutait d'une même force, au-delà de la crainte et du dégoût.

     

    Il sortit rapidement de Sainte Lucie et reprit sa machine dont le vrombissement assourdissant lui permit d’arrêter de réfléchir. Il fonça vers Vincennes, le plus vite possible dans les ruelles de Paris, pour ne même pas penser.

    Il laissa son scooter garé à l’orée du bois et commença à se promener le long du parcours de santé. Si ce que lui avait raconté un client était vrai, il ne tarderait surement pas à trouver ce qu’il cherchait.

    Nous étions en semaine et seuls quelques rares joggeurs croisaient son chemin. Soudain il vit un homme sortir du sous-bois. L’homme regarda Phil un instant, lui fit un geste imperceptible et disparut de nouveau dans l’enchevêtrement d’arbustes qui bordaient le chemin.

    Phil eut une hésitation. Il passa à travers les branches qui formaient comme un mur le long du chemin. L’homme se tenait là, le pantalon baissé, caressant son sexe.

    Il avait appris que certains secteurs du bois de Vincennes étaient peuplés la journée de gays cherchant un rapport sexuel furtif, c'était là qu'il avait décidé de se rendre…

    Les mots étaient inutiles, Phil ne pouvait plus reculer et d'ailleurs le voulait-il ? Il s’approcha et embrassa timidement l’homme qui, sans aucune gêne, lui appuya sur les épaules pour l’agenouiller face à son sexe. Phil s’exécuta.

    C'était ce qu'il avait imaginé pour se punir. Ce sexe qui allait et venait dans sa bouche lui disait "tu n'es qu'une merde".

    Quelques oiseaux s’envolèrent dans un bruissement de sous-bois. Le silence se fit.

    Phil sentit le liquide chaud frapper le fond de sa gorge, par petits jets entrecoupés du râle saccadé d’insultes que l’homme lui offrait en guise de reconnaissance. Il faisait beau en ce mois de juin…

    Phil ne travaillait pas. Il ne croyait pas à la valeur du travail ou du moins considérait-il que tout cela n’était pas pour lui. Il n’était pas inadapté, il avait même étudié quelques années la médecine en montrant des compétences et une érudition qui forçaient l’admiration de ses collègues étudiants et de ses professeurs. Mais sa grande intelligence et cette habitude qu’il avait de passer des heures à méditer sur sa place dans le monde l’avaient conduit à la conclusion que le travail n'était pas fait pour lui.

    La médecine telle qu’on la pratiquait en Occident était pour lui la marque de la plus grande décadence : recevoir dans un cabinet des personnes n’ayant d’autre souci que leur solitude et leur prescrire excitants le matin et calmants le soir alors qu’à portée d’avion des enfants mouraient de paludisme et de malnutrition, c’était au-dessus de ses forces. Et tous les jours à Sainte Lucie, il pensait (ou se convainquait) que cela aurait été une torture pour lui que de contribuer aux fortunes qu’amassaient les grands laboratoires pharmaceutiques par ses prescriptions.

    Fort de ce constat, il alimentait pourtant l'économie d'autres cartels bien plus néfastes et inondait les rues de doses qui décimaient ses amis. Il savait que s’il en demandait chaque jour pardon à Dieu, il ne méritait ni clémence ni miséricorde. Il était juste un homme qui pour fuir un système, en avait embrassé un autre bien pire.

    C’était comme il l’imaginait, visqueux et un peu dégueu, mais l’homme avait eu l’air très satisfait avant de disparaître. Phil éprouvait un grand vide. En regagnant son scooter, le gout de l’interdit encore dans la bouche, il était en proie aux mêmes interrogations. Il n’avait pas éprouvé de désir pour cet homme. Il avait tout juste essayé, froidement, mécaniquement, presque à contre coeur, l’expérience d’un rapport sexuel avec un autre homme et il n’en était pas plus éclairé sur ses préférences sexuelles. Tout juste savait-il maintenant qu’il ne ressentait pas plus de désir pour les hommes qu’il n’en ressentait pour les femmes…

    Sauf une… Isa *.      (voir "In Utero")

    Il se mit à sangloter comme un enfant.

    Phil avait rencontré Isa un an plus tôt alors qu’il priait à Sainte Lucie. Son regard avait été attiré par cette jeune femme qui s’était assise non loin de lui, pleurant à chaudes larmes.

    Son visage lui était familier, il savait qui elle était.

    Elle était obstétricienne et avait fait naitre des sextuplés dans des conditions impossibles quelques mois plus tôt. Dans son oisiveté, Phil lisait des magazines peoples qui avaient tous parlé de la jeune femme. Il lisait aussi des revues scientifiques et médicales dans lesquelles elle avait expliqué les différents gestes qu’elle avait dû accomplir ce soir-là.

    Il s’était approché d’elle et lui avait seulement pris la main. Elle s’était laissé aller à pleurer de plus belle et ils étaient restés comme cela, sans rien dire, seuls au monde, pendant un long moment. La situation était incongrue et Isa invita le jeune homme à prendre un café, histoire, avait-elle dit, de ne pas avoir pleuré sur l’épaule d’un inconnu. Elle lui raconta qu’elle était maintenant en poste à Port Royal et qu’elle avait souvent des accouchements difficiles à gérer. Elle lui raconta ses angoisses, ses cauchemars où des enfants morts nés venaient lui reprocher de ne pas les avoir sauvés, elle lui raconta sa lutte contre Dieu lui-même à chaque accouchement difficile et combien elle redoutait d’avoir un jour à rendre compte devant le Créateur pour son ingérence. Elle voulut savoir qui il était. Peut-être pour la première fois, Phil avait dit la vérité.

    Il vendait de la cocaïne, de préférence à une clientèle d’habitués et il en tirait un bénéfice suffisant pour ne pas avoir à travailler.

    Il avait des problèmes avec les femmes, il ne les désirait pas. Il craignait d’être homosexuel mais n’avait jamais rien tenté avec un homme. Il croyait en Dieu mais Dieu croyait-il en lui ?

    Phil offrit à Isa sa première dose de Cocaïne, non pour en faire une cliente, mais simplement pour qu’elle se sente mieux.

    Ils se côtoyèrent pendant plusieurs mois, se voyant souvent à Sainte Lucie. Isa l’invita même plusieurs fois chez elle où il fit la connaissance de son mari, Mickael.

    Pendant cette période, Isa pris l’habitude d’acheter régulièrement à Phil des doses, avec une régularité que le salaire de la jeune femme ne lui permit bientôt plus. Phil ne put lui faire bien longtemps crédit et la situation devint tendue entre eux.

    C’est Isa qui un jour proposa à Phil de coucher avec lui pour lui payer sa dose, une seule fois. Isa était belle et malgré leur amitié, Phil éprouvait pour elle des sentiments confus. Il accepta.

    Etait-ce leur complicité, était-ce parce que Phil n’attendait plus rien des femmes, ils mirent tous deux ce soir-là beaucoup de passion et de tendresse à coucher ensemble. Ce soir-là, Phil jouit plusieurs fois, tremblant, riant, pleurant. Il perdit avec Isa sa virginité.

    Après son escapade à Vincennes, Phil avait repris son gros scooter noir mat. Il avait reçu un SMS d’une de ses clientes, une prostituée en camionnette sur les boulevards extérieurs, à qui il devait livrer une dose. Comme pour contre balancer le gout de cet homme resté dans sa bouche, il se prit, sur sa machine, à sur-jouer le macho, slalomant entre les voitures, lançant des regards appuyés aux conductrices qui découvraient leurs jambes en ce mois de juin.

    Il arriva à la hauteur de la camionnette garée où sa cliente exerçait. Elle s’offrait une dose de cocaïne les jours comme aujourd’hui où le soleil échauffait le désir des hommes et où elle enchainait les clients.

    La porte s’ouvrit et Phil ressentit un profond abattement. Tout aujourd'hui vacillait dans son monde, tout prenait un tour inattendu... De la camionnette venait de descendre Mickael, qui repartait sur le trottoir en prenant un air détaché. La prostituée apparut dans l’encadrement de la porte, reconnut Phil, et lui dit en pointant Mickael du doigt : « C’est la première fois que ça m’arrive, il pleurait pendant que je « m’occupais » de lui !!! » 

    Il était tard et c’était décidément une drôle de journée. Phil avait rejoint le 20ème où certains clients avaient leurs habitudes. Il s’apprêtait à repartir lorsqu’il vit arriver un 4x4 qu’il connaissait bien.

    Il s’approcha, Isa était au volant, vêtue d’une jupe courte et d’un chemisier qui la rendait terriblement sexy.

    - Comme d’habitude Isa ?

    - J’ai pas de quoi te payer tout de suite, Phil

    - Isa, tu me mets dans la merde, je fais comment vis à vis de mes autres clients ? C’est pas pour tes beaux yeux que je peux te faire crédit même si tu me rends des services !


    Phil stoppa son monologue quand il vit les yeux gonflés de la jeune femme. Elle était réglo, il le savait, on n’allait pas y passer la nuit.


    Il lui tendit un petit sachet en plastique transparent dans lequel une poudre jouait avec les reflets de la lueur des phares en un nuage bleuté.

    Phil regarda le 4x4 s’éloigner. Il aurait voulu lui dire que maintenant il savait : après son escapade du matin-même à Vincennes, il s’était rendu compte que c’est avec elle qu’il s’était enfin senti bien, qu’il avait des sentiments pour elle. Il aurait aussi voulu lui dire que son mari fréquentait une prostituée, que peut-être il ne la méritait pas.

    Il enfourcha son scooter et resta longtemps immobile dans sa torpeur, puis se décida à rentrer chez lui en passant par les ruelles pour éviter de rencontrer quelque barrage policier. Il roulait depuis quelques minutes quand il vit, garé sur le côté, le 4x4 d’Isa.

    La vie lui envoyait un message : plus question d’hésiter ! Il s’arrêta à la hauteur du 4x4 et alla chercher au plus profond de lui tout le courage qu’il lui fallait pour avouer ses sentiments à la jeune femme.

    Isa était au volant de sa voiture, belle mais inconsciente. Elle saignait abondamment du nez. Elle était en pleine overdose, ayant surement un peu trop chargé la dose de son fix. Il sauta de son scooter sans prendre le temps de déployer la béquille et celui-ci s’affala à terre bruyamment. Phil contourna la voiture pour y entrer côté passager.

    Il était en panique. Il avait toujours redouté d’assister à l’overdose d’un de ses clients. Il en avait même parlé à Isa qui, pour le rassurer, lui avait procuré une seringue d’Atropine, un produit qui, en intraveineuse, pouvait relancer le cœur dans pareil cas.

    Phil, depuis ce jour, ne quittait jamais cette seringue, elle était toujours dans son sac à dos. Il la sortit, la prépara à toute vitesse et piqua dans le bras d’Isa. Mais l’ancien étudiant en médecine rata la veine, ce qui provoqua une douleur intense à Isa qui pour autant ne revint pas de son coma.

    Son choix de ne pas travailler, de ne pas acquérir l’expérience nécessaire d’un geste aussi simple qu’une injection lui avait fait manquer la seule chance qu’il avait de réanimer la jeune femme. Il appela les pompiers, embrassa Isa sur la bouche, comme cette nuit où ils avaient été amants. Il s’éclipsa sur son scooter quand les sirènes pénétraient dans la ruelle.

    Là, le moteur de son puissant Yamaha ne couvrit pas le bruit de ses larmes.

    Là, dans cette ruelle, il venait de tuer la seule femme qu’il avait aimée.

     

    Lire la suite

    In utero (Nouvelle - 2014)

    Publié le 31 Juillet 2015 par La rose et le coquelicot dans texte court

    Je vais republier cette nouvelle en trois épisodes à l’occasion de l’été. Je travaille à un éventuel quatrième épisode…

    Comme toujours, vos commentaires et retours m’aident à améliorer le blog, donc n’hésitez pas…

    Et bien sûr, si ce travail vous plait, n’hésitez pas à partager et faire connaître le blog autour de vous…

    ------------------------------------------------

    In utero (Nouvelle - 2014)

     

     

     

     

     

     

    Elle savait qu’elle dormait…. et pourtant tout son corps était en vigilance, comme dans ces cauchemars hyper réalistes d’où l’on se réveille terrorisé sans arriver à se convaincre qu’on a effectivement rêvé. Il ne s’agissait pas là de frayeur mais d’une sensation tout autre, une sensation intense et plaisante.


    Dans son demi sommeil, elle entendit distinctement une sonnerie, puis une deuxième, puis là tout près, son mari Mickael qui râlait avec des mots incompréhensibles comme s’il parlait la bouche pleine. En même temps que les sonneries de ce téléphone qui devenaient insistantes, cet émoi qu’elle ressentait grandissait en elle, envahissant tout son être et la faisant parcourir de frissons. Elle savait qu’il fallait qu’elle se réveille, le téléphone avait déjà sonné cinq fois mais elle redoutait de perdre ce si doux bien-être si elle ouvrait les yeux. Elle essaya de bouger un peu ses jambes et sentit que celles-ci étaient fermement maintenues. Cela finit de la réveiller et d’un geste machinal, elle décrocha le téléphone, porta le combiné à son oreille et grommela.


    - Isa, on a besoin de toi ici, un « siège » qui se passe mal, magne toi Isa … Isa ?

    Isabelle ne pouvait répondre… Le combiné sur l’oreille, elle avait relevé légèrement la tête et observait fixement Mickael dont la langue s’affairait entre ses jambes et imprimait de petits mouvements qui la faisait frémir à chaque fois. Elle rejeta la tête en arrière puis la releva comme pour vérifier qu’elle n’était pas en train de rêver… Mais le plaisir qui montait en elle ne laissait aucun doute, Mickael s’était réveillé d’une humeur bien câline…

    Elle réussit enfin à dire « je viens » avec la voix la plus étouffée dont elle était capable. Mickael sourit et redoubla l’intensité de ses caresses. Puisqu’elle devait partir, il n’avait que peu de temps. Elle raccrocha le combiné et se laissa aller à la fantaisie nocturne de son amant, en répondant à ses assauts buccaux par des soupirs qui se transformèrent vite en cris.

    Plus tard, Isabelle rejoignait sa collègue Marie à Port Royal.

    - Désolée de t’avoir tirée du lit Isa, s’excusa-t-elle en lui tendant un café, mais c’est chaud…

    Marie lui tendit une liasse de feuilles fixées à leur support rigide et leva le menton vers le bloc 2.


    Nathalie, la jeune sage femme, était dans le bloc et scrutait les monitorings d'un air inspiré et rassurant mais Isabelle savait qu'en pareil cas cette attitude n'était qu'une posture. Une jeune fille, sans doute belle avant que ses traits ne soient déformés par la douleur et l'inquiétude, se tortillait sur le lit en poussant des gémissements.


    Isabelle avait du métier. Elle avait fait naitre dans des conditions impossibles des dizaines d'enfants. Là, dans son corps, elle sentait encore tout l’amour de son jeune amant et toutes les belles choses qu’il lui avait susurrées avant qu’elle ne parte. Pourtant rien n’y fit, un profond abattement la saisit, assorti d’un grand dégout et elle crut qu’elle allait vomir son café sur les chaussures de Nathalie…

    Comment se pouvait-il que ce créateur de toutes choses dans lequel elle croyait si fort puisse transformer le moment magique d'une naissance en une épreuve dont certaines ne sortaient pas vivantes. Son métier, surtout ces dernières années, se résumait chaque fois à un combat qu'elle livrait avec Dieu lui-même. Que Dieu décide qu'un enfant ne naitrait pas ou qu'une mère devait laisser sa place à un autre sur cette terre, et elle mettait toute son obstination à lui donner tort, à inverser le cours des choses. Chaque fois l'issue était incertaine mais à ce jeu, elle avait remporté quelques victoires dont elle allait demander pardon, le dimanche, à l'Eglise st Lucie, dans le 13ème...


    Isa avait été mutée à Port Royal à sa demande après l’accouchement spectaculaire et très médiatisé de sextuplés quelques années plus tôt… 6 bébés tous sains et saufs accouchés par voie basse, dont la moitié se présentait par le siège...

     

    Isabelle ce soir-là était de permanence dans une maternité de lointaine banlieue et avait vu débarquer en pleine nuit les parents paniqués, comme c'était souvent le cas. Mais ce n'est qu'après avoir monitoré la jeune fille et entendu sept coeurs battre dans ce corps distendu que la jeune obstétricienne s'était aperçu de la gravité de la situation. Nous étions au coeur d'un mois d'août où les vacances et les restrictions budgétaires avaient envoyé le premier chirurgien à des heures de distance : elle était seule face à ces deux parents et leurs six bébés dont le pronostic vital était sérieusement engagé !

     

    Isa cette nuit-là avait fait ce qu'il fallait, froidement, comme dans un état second, une sorte de chance insolente qui avait guidé chacun de ses gestes. Et les six bébés s'étaient lancés de tous leurs cris dans cette vie...

     

    La presse avait fait d’elle une héroïne ! Les articles sur elle s’étaient succédés et elle avait joui pendant quelques mois d’une écoute particulière de sa hiérarchie, ce qui lui permit d’obtenir un poste à l'hôpital parisien de Port Royal...


    Ce que ni la presse, ni même son compagnon n’avaient perçu, c’est la peur qui ne la quittait plus depuis ce soir-là. Des cauchemars incessants, peuplés d'enfants morts-nés et de parents effondrés envahissaient son moindre sommeil. Et elle prenait chaque service avec une boule au ventre que dissimulait son joli sourire. Il lui fallait chaque fois affronter la panique qui montait en elle quand elle se lavait les mains... Cette peur, outre sa consommation d'antidépresseurs, lui avait fait prendre une bien vilaine habitude…

    La jeune fille en plein travail n'avait que 22 ans et Isabelle fut soulagée de constater que la situation ne présentait pas la gravité qu'il y paraissait : certes un accouchement par le siège (c'était à force devenu la spécialité d'Isabelle) mais où il était possible de rattraper la situation…

     

    Le bébé vint au monde vers 15h et même s'il fallut le frapper à plusieurs reprises pour qu’il se mette à respirer, il put être dépose dans les bras de sa mère moins d'une heure après sa naissance. Le miracle s'était encore accompli et Isabelle savait qu'elle devrait un jour payer à Dieu cette victoire de plus...

    Vers 17h, elle reprit sa voiture au parking de l'Hôpital et quitta les lieux au son du moteur du 4x4 qu’elle s’était payée quelques mois plus tôt et qui ne cadrait pas tout à fait avec son physique frêle.

    Il ne lui fallut que quelques kilomètres avant que des larmes n’inondent ses joues et qu’elle ne doive s’arrêter n’y voyant plus rien…L'angoisse, toujours elle, s'installait de nouveau et elle ne la quitterait pas avant le prochain fix.

    Isabelle avait rejoint une parallèle des Boulevards extérieurs dans le 20ème arrondissement et une silhouette familière s’approchait déjà de la voiture.


    - Comme d’habitude Isa ?

    - J’ai pas de quoi te payer tout de suite, Phil

    - Isa, tu me mets dans la merde, je fais comment vis à vis de mes autres clients ? C’est pas pour tes beaux yeux que je peux te faire crédit même si tu me rends des services…


    Phil stoppa son monologue quand il vit les yeux gonflés de la jeune femme. Elle était réglo, il le savait, on n’allait pas y passer la nuit…


    Il lui tendit un petit sachet en plastique transparent dans laquelle une poudre jouait avec les reflets de la lueur des phares en un nuage bleuté.


    Isa se remit en route, s’enfonçât dans une ruelle et eu juste le temps d’ouvrir sa portière pour vomir.


    Elle essuya sa bouche, sorti de la boite à gant une boite en métal dans laquelle se trouvaient une seringue et de l’alcool. Elle prépara son injection à toute vitesse, comme pour ne pas réfléchir. Elle retira son escarpin et se piqua entre les orteils pour éviter toute marque ailleurs sur son corps parce que dans son métier les traces suspectes sur les bras ne passent pas inaperçues…


    Elle était médecin, terrorisée, probablement enceinte, accro à la cocaïne et avait 32 ans aujourd’hui…

     

    Une goutte roula sur sa joue et alla mourir sur ses lèvres, suivie d'une autre et d'une autre encore. Elle entrouvrit les lèvres et y passa sa langue, elle reconnut le goût de cette pluie...


    Il pleuvait maintenant à grosses gouttes dans sa voiture. Elle avait chaud, elle était bien et la lumière du plafonnier lui faisait voir d'autres contrées, une oasis plantée de palmiers en plein cœur du désert…


    Elle chantait ou peut-être pas… il pleuvait toujours sur ses lèvres, dans sa voiture qui n'était pourtant pas un cabriolet.


    Elle riait ou peut-être pas... La chaleur devenait lourde... Des senteurs boisées l'envahissaient et elle dégrafa les premiers boutons de son chemisier...

    Là dehors une forêt luxuriante s'étalait à ses pieds et elle pouvait du bout de ses doigts sentir le cœur du monde.

    Elle chevauchait sur une plage, et les embruns fouettaient son visage... D'un geste lent elle écarta sa chevelure et aperçut des traces rouges sur ses mains…


    Elle se sentait libre comme elle ne l'avait pas été depuis des années...

    Elle savait, parce qu'elle en avait maintenant plein la bouche et les mains colorées, qu'elle saignait abondamment du nez...


    Elle savait pour en avoir vu des tas, qu'elle était en pleine overdose et qu'elle allait y rester mais elle n'avait pas peur, elle était bien, elle partait enfin...


    Le temps n'avait pas de prise et peut-être était-elle dans cet état second depuis longtemps quand elle entendit distinctement un bruit de cloche... La portière qu'on ouvrait.. A côté d'elle et pourtant si loin, un homme s'était assis sur le siège passager.


    Peut-être ce type en voulait-il à son sac à main ou à son 4x4 flambant neuf, peut-être en voulait-il à son beau corps de femme, ou peut-être était-ce un serial killer qui allait mettre fin à ses jours ? Il l'avait sans doute suivi dans la ruelle, il connaissait sans doute son petit vice et avait sans doute attendu qu'elle se fasse son fix. Mais avait-il prévu qu'il la trouverait mourante ?

     

    Elle se prit à sourire en pensant qu'elle subissait une overdose et un assassinat en même temps, que ce n'était pas son jour…


    Elle ne s'y attendait pas vu son état mais elle ressentit une violente douleur quand l’homme lui piqua le bras pour lui injecter 3 ml d'Atropine... Il l'appelait de loin, lui demandait de se réveiller...

    Soudain on la sortait de sa voiture, la choquait pour faire repartir son coeur...

    Elle ne sentait plus cet enfant étranger dans son corps. Etait-il comme elle sur le chemin d'une mort certaine, avant même d'avoir vécu ? Elle l'avait toujours su depuis ce soir de garde quelques années plus tôt, Dieu se vengerait sur son bébé de tous les plans qu'elle lui avait contrarié.

    Si cette fois elle s'était retrouvée sur la table de travail, aucune Isabelle n'aurait pu l'aider, et la fatalité de l'issue ne faisait pour elle aucun doute...

    Des lumières bleues et des sirènes avaient envahi la ruelle dans un bal qui se voulait rassurant. On tentait de la faire revenir.

    Elle se demandait seulement désormais si elle serait à l'heure au rendez-vous que lui avait fixé Dieu…

     

     

     

     

     

     

    ---------------------------------------

    Le second volet est ici : http://rose-et-coquelicot.over-blog.com/2015/08/ab-imo-pectore-du-fond-du-coeur-nouvelle-2014.html

    Lire la suite

    Les vacances (2013)

    Publié le 17 Juillet 2015 par La rose et le coquelicot dans poème

    un texte de 2013, et toujours de saison...

    -----------------------------------------------

    Les vacances (2013)

    S'éveiller au chant de la nature,
    Et pour une heure suspendre le temps,
    Retrouver des sensations pures,
    Et de nouveau se sentir vivant.

     

    S'assoir un temps aux terrasses ensoleillées,
    Observer s'envoler la fumée de ma tasse,
    Et sentir peu à peu ma peau se chauffer,
    Sentir les heures suspendre leur trace...

     

    Et dans cet océan de bien être,
    Ressentir le vide de ton absence,
    Penser que si tu étais là, peut-être,
    Tu donnerais leur sens aux vacances.

    Lire la suite

    Troisième lettre à vous, mon doux rêve...

    Publié le 5 Juillet 2015 par La rose et le coquelicot dans texte court

    La météo m'a rappelé ce texte écrit en 2013, "comme la pluie que l’on essaie de boire, bouche ouverte et tête renversée, et qui laisse notre gorge sèche"...

    ----------------------------------------------------------------------------

    Troisième lettre à vous, mon doux rêve...

    Cher songe, ma belle amie,

    Me permettrez-vous de commencer cette troisième lettre à votre intention par une anecdote :

    Aujourd’hui, alors que je vous cherchais quelque part entre mon âme et la réalité, je me retrouvai tout à coup sous un orage. Je fus trempé comme une souche, mais n’arrivai pas à me dire qu’il me fallait m’abriter. Cette pluie battante mais chaude collait les vêtements sur ma peau et plantait mes pieds dans le sol. Je me sentais chaque instant plus lourd, mais rempli du contact des éléments, et comme lavé de mon vernis artificiel par cette pluie si pure.

    J’ai pensé si fort à vous ma douce enfant, voilà ce que je voulais que vous soyez pour moi : une pluie d’été…

    Vous arriveriez quand ma sueur vous aurait tant espéré et ma peau tant redouté. Vous me couvririez d’une affection débordante qui anesthésierait mes sens et me glacerait à l’intérieur, mais sans pour autant effacer mon sourire.

    Comme une pluie d’été vous seriez une promesse de renouveau, et vous exhaleriez des senteurs boisées et enivrantes… Vous seriez insaisissable, comme la pluie que l’on essaie de boire, bouche ouverte et tête renversée, et qui laisse notre gorge sèche. Vous disparaîtriez sitôt tombée dans la terre de mon cœur resté aride.

    Comme une pluie d’été, je ne pourrais vous dire si vous êtes une bénédiction ou une plaie, mais vous me feriez enfin ressentir la fraicheur de votre présence et mes sens, une fois dépassé le frisson de votre caresse, s’imprégneraient tout entiers de chacune de vos gouttes…

    Comme une pluie d’été, après avoir redonné la vigueur à mon cœur asséché et susurré à la nature des mots d’amour, vous disparaîtriez soudain… Vous laisseriez le monde joyeux de la paix ensoleillée retrouvée, mais grave de la langueur de votre fertilité si désirée…

    Bel objet de mes désirs, vous vous évaporeriez au soir d’un été sans fin, mais je garderais toutefois enfouie en moi l’attente de votre nouvelle venue, pour pouvoir comme une incantation, glisser à votre oreille :

    « Vous êtes là, la vie est si belle »…

    première lettre ici : http://rose-et-coquelicot.over-blog.com/lettre-%C3%A0-vous-mon-doux-r%C3%AAve

    Deuxième lettre ici : http://rose-et-coquelicot.over-blog.com/deuxi%C3%A8me-lettre-%C3%A0-vous-mon-doux-reve

    Quatrième lettre ici : http://rose-et-coquelicot.over-blog.com/quatri%C3%A8me-lettre-%C3%A0-vous-mon-doux-reve

    Lire la suite

    Ma fête des pères

    Publié le 19 Juin 2015 par La rose et le coquelicot dans poème

    Dédié à tous ceux pour qui être père n'est pas qu'un statut administratif...

    -----------------------------------------------------------------------------------------

    Ma fête des pères

    Ce n’est pas sur mon ventre

    Qu’à ta naissance, on t’a posé,

    Ce n’est pas mon téton

    Qui ce jour là t’a rassasié…

     

    Ce n’est pas dans mon corps,

    Qu’un jour tu as pris vie,

    Moi je t’ai attendu dehors,

    Pourtant on ne fait qu’un depuis…

     

    Tu as fais tes premiers pas

    Sous mes yeux attendris,

    Je me souviens que « papa »

    Est le premier mot que tu as dit.

     

    Les années passent, à chaque fête des pères,

    J’aime tes cadeaux amusants,

    Collages, dessins, moulages en terre,

    Mais de tous, c’est toi mon plus beau présent

    Lire la suite

    Afficher plus d'articles

    Photos

    Voir aussi mes photos

    Crédit photo : Michel Bax / 2013